Camille Desmoulins

13 février 2009

1792, l’année essentielle

Filed under: Evènement — Camille Desmoulins @ 12:08

C’est sûr, l’année symbole de la Révolution, celle de la rupture, c’est 1789. Certains, comme Victor Hugo, ont été fascinés par 1793, l’année de la Terreur et du début des guerres en Vendée et Bretagne.

Pour ma part, je trouve que 1792 est l’année essentielle. Celle qui a consacré les changements, avant que ne s’engagent les excès, et celle qui a produit les avancées législatives spectaculaires, avant que ne s’amorcent les reculs.

1792

Jugez par vous-même, par ces quelques exemples de dispositions réglementaires prises en un mois et demi, alors que la veille, le 9 août, Louis XVI était toujours le roi d’une France fraîchement sortie de l’Ancien régime :

– 10 août 1792 : pour la première fois ont lieu des élections au suffrage universel masculin en France, pour la désignation des membres de la Convention. Il faudra attendre 1848 pour que le suffrage universel masculin soit définitivement établi.

– 20 septembre 1792 : l’autorisation du divorce est votée. Il faudra attendre 92 ans, en 1884, pour qu’une loi sur le divorce soit définitivement rétablie. Et ce n’est qu’en 1975, soit 183 années plus tard, que le divorce par consentement mutuel est à nouveau permis.

– 22 septembre 1792 : pour la première fois en France, le régime politique est la République. C’est 78 ans plus tard, en 1870, que la République s’instaure définitivement en France (et encore, sans compter l’Etat français de 1940-1944).

– 20 septembre 1792 : le mariage des prêtres est autorisé. Ce n’est que …. bien plus tard, peut-être, que cette disposition sera rétablie…!

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28 janvier 2009

Vol d’obélisque ?

Filed under: Divers — Camille Desmoulins @ 7:41

Ca n’aura échappé à personne, au milieu de la place de la Concorde à Paris se dresse un majesteux obélisque. Certaines personnes culpabilisent en le voyant, persuadées qu’il s’agit d’un vol perpétré par Napoléon lors de la compagne d’Egypte (1798-1799). Que nenni !

C’est Mohamed Ali, vice-roi d’Egypte qui offrit les deux obélisques de Louxor à la France au début de l’année 1830 pour s’attirer les bonnes grâces de Charles X. Champollion conseilla au gouvernement de commencer par rapatrier un des deux obélisques, ce qui constituait déjà un sacré challenge, étant donné le poids du monument (230 tonnes). Le monolithe fut notamment transporté par navire entre Louxor et Toulon entre décembre 1831 et mai 1833. Arrivé à Paris en août 1834 par la Seine après un périple de 12 000 km, il ne fut erigé qu’en octobre 1836 lors d’une grande manifestation à laquelle assistèrent 200 000 personnes dont Louis-Philippe, devenu roi des Français depuis la révolution de juillet 1830.

En 1981 Mitterrand renoncera officiellement, au nom de la France, à son « droit » sur le deuxième obélisque de Louxor.

C’est par hasard que j’ai découvert dans le musée de la Marine (Trocadéro) quelques maquettes et reconstitutions du voyage de l’obélisque. Voici quelques photos !   

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Mise de l’obélisque en position horizontale

 

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Chargement de l’obélisque dans le navire

 

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Erection de l’obélisque à Paris, place de la Concorde

21 décembre 2008

Critique littéraire

Filed under: Personnages — Camille Desmoulins @ 10:02

Voici quelques extraits d’une critique du chef de l’Etat par un écrivain :

« Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eut changé la face de la France, de l’Europe peut-être. […] Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète. […]. Il aime la gloriole, […] les paillettes, les grands mots, les grands titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. […] Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. […] Non, cet homme ne raisonne pas, il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. […] Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier et […] on ne trouve au fond de l’homme et du procédé que deux choses : la ruse et l’argent. »  

Détrompez-vous, il s’agit d’une critique de Louis-Napoléon Bonaparte, premier Président de la République française [1848-1852] avant de devenir Empereur [1852-1870, sous le nom de Napoléon III].

L’écrivain est Victor Hugo ; l’ouvrage est intitulé « Napoléon le petit ».

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Victor Hugo fait en effet partie du cercle restreint des écrivains qui ont joué un rôle politique significatif (voir ici un ancien article sur le sujet !).   

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Victor Hugo et Napoléon III par Faustin

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous invite à consuler la lettre de l’Académie consacrée aux relations entre Napoléon III et Victor Hugo (c’est ici), ou à lire « Napoléon le petit  » de Victor Hugo !

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11 décembre 2008

Acteurs 1919 – 1940

Filed under: Acteurs (schémas) — Camille Desmoulins @ 11:19

Bonjour,

Suite des schémas des acteurs politiques par période ! Pour les planches précédentes, cliquez ici.

Comme d’habitude, je suis preneur des suggestions d’améliorations que vous pourrez apporter (personnage oublié ou positionnement contestable).

En guise d’illustration, voici une photographie que j’aime bien de certaines figures du Front populaire (Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro).

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7 décembre 2008

Les hommes politiques et la mort

Filed under: Citations — Camille Desmoulins @ 11:51

Pourquoi s’intéresser au rapport qu’entretiennent les hommes de pouvoir avec la mort ? Après tout, il sont certainement moins qualifiés pour s’exprimer sur le sujet que des philosophes, écrivains, scientifiques ou hommes et femmes de foi ? 

Certes, mais la tradition française fait que certains hommes qui ont dirigé le pays ont parfois exercé le pouvoir avec une dimension culturelle voire spirituelle (de Gaulle, Mitterrand). Il me semble que ce n’est pas le cas dans toutes les autres républiques, et même dans la plupart des monarchies. 

Ce qui est sûr, c’est que leur relation avec la mort apporte un éclairage très intéressant sur la personnalité de ces hommes qui ont gouverné.

« La mort est le commencement de l’immortalité ».
Robespierre, à la Convention nationale, 10 juillet 1794, quelques jours avant son exécution

« Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur de ne plus exister ».
Mitterrand

« Ce que nous pensons de la mort n’a d’importance que par ce que la mort nous fait penser de la vie ».
De Gaulle

« Il faut vouloir vivre et savoir mourir ».
Napoléon

La relation qu’avait Mitterrand avec la mort est traitée dans plusieurs ouvrages, dont Le vieil homme et la mort de Franz-Olivier Giesbert et Le dernier Mitterrand de Georges-Marc Benamou (à l’origine du film Le promeneur du Champ de Mars de Robert Guédiguian).

Pour finir avec note plus légère, voici un extrait (cliquez ici, ça dure 30 secondes et c’est mythique !) d’une des fameuses conférences de de Gaulle où il répond à une question concernant son état de santé :

« Je ne vais pas mal… Mais rassurez vous : un jour, je ne manquerai pas de mourir !
de Gaulle

et deux citations de Clemenceau en lien avec la mort :

« Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés ».
« Pour mes obsèques, je ne veux que le strict nécessaire, c’est-à-dire moi ».
Clemenceau

 

26 novembre 2008

Le palais disparu

Filed under: Divers — Camille Desmoulins @ 9:03

Le palais des Tuileries fait partie des monuments de Paris les plus importants de l’Histoire de France … et pourtant il présente un gros inconvénient : il a disparu.
Ancienne résidence royale et impériale (Henri IV, Louis XIV, Louis XVI, Napoléon 1er et Napoléon III y ont notamment vécu) construite en 1564, le palais a été détruit en 1882 suite à son incendie en mai 1871 pendant la Commune.

Situés côte à côte, les châteaux des Tuileries et du Louvre ont été progressivement reliés l’un à l’autre, comme le montre le schéma suivant, qui provient du site du Ministère des Finances (lequel a occupé l’aile nord de 1871 à 1989)  :

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Il existe un Comité National de Reconstruction des Tuileries qui milite pour faire renaître le palais (demande d’inscription ici). Le coût est estimé à environ 350 millions d’euros.

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Le palais au premier plan est celui de Tuileries, celui au fond est le Louvre.

Mais le projet de reconstruction du palais des Tuileries rencontre de sérieux obstacles.

Certains la dénoncent, jugeant qu’il est préférable de concentrer les moyens sur les monuments existants et qu’il serait dommage de refermer la perspective pyramide du Louvre – obélisque de la concorde – grande arche (voir ici pour plus de détails).

Interrogée en mars 2008 par des journalistes sur ce dossier, la ministre de la Culture Christine Albanel a répondu dans le même sens : « Nous avons beaucoup d’urgences patrimoniales en France. Je ne crois pas du tout que la première urgence soit la reconstruction des Tuileries».

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Photo prise par Barberousse lors d’une exposition à Paris ;
on voit que le palais des Tuileries « fermait » le Louvre puisque le Carousel était à l’intérieur de l’ensemble

17 novembre 2008

Chrono 1912 – 1925

Filed under: Chrono France — Camille Desmoulins @ 10:51

Voici la suite des chronologies de l’Histoire de France (cliquez ici pour voir les précédentes) !

A bientôt

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8 novembre 2008

Gaston Monnerville

Filed under: Citations,Personnages — Camille Desmoulins @ 5:56

Nous, Français, avons la critique très facile envers ces Américains incultes, égoïstes, égocentriques (bref, plutôt de la tendance de l’ineffable Sarah Palin). Force est de reconnaître qu’ils nous ont bien eu.

Indépendamment des idées et des programmes, sommes-nous prêts en France à élire un homme ou une femme de couleur ou issu(e) d’une minorité ? Pas si sûr.

A ce jour, la personne de couleur qui a obtenu le plus haut poste en France est Gaston Monnerville puisqu’il a occupé le deuxième poste de la République en tant que Président du Sénat (pendant 22 ans, de 1947 à 1968). Par exemple, en cas de décès du Président de la République en cours de mandat, c’est le Président du Sénat qui assure l’interim avant la tenue de nouvelles élections (c’est arrivé avec A. Poher suite au décès de G. Pompidou en 1974).

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Résistant pendant la deuxième guerre mondiale, Gaston Monnerville a toutefois entretenu des relations difficiles avec de Gaulle. Par exemple, en octobre 1962, de Gaulle décide la dissolution de l’Assemblée nationale. Le jour même, Gaston Monnerveille est reçu à l’Elysée en sa qualité de Président du Sénat (c’est peut-être après ce bref entretien qu’a été prise la photo ci-dessus). De Gaulle l’accueille sans son bureau, debout, jouant avec sa monture de lunettes.
« – L’Assemblée nationale étant dissoute, la Constitution m’oblige à vous recevoir. Je connais votre opinion sur le référendum [sur l’élection du Président de la République au suffrage universel direct]. Avez-vous changé d’avis?
– Non.
– Dans ce cas, nous n’avons rien à nous dire. Au revoir. »
[d’après De Gaulle, de Marcel Jullian]

Vous pourrez voir ici la vidéo d’une interview, courte et intéressante, de Gaston Monnerville sur le Conseil Constitutionnel, dont il fut un des membres de 1974 à 1983.

1 novembre 2008

Bonaparte et l’Egypte

Filed under: Divers — Camille Desmoulins @ 10:25

En mai et juin 1798, une flotte française de 400 navires avec 50 000 hommes à bord (dont 180 scientifiques de haut niveau) échappe miraculeusement aux Anglais et se dirige vers l’Egypte pour une incroyable expédition.

Cette « armée d’Orient » est conduite par Bonaparte, jeune général rentré récemment victorieux d’Italie. Sentant que l’heure d’un coup d’Etat n’a pas encore sonné, il choisit donc de tenter de s’illustrer loin de Paris, et le gouvernement (le Directoire) voit s’éloigner l’ambitieux militaire avec satisfaction.

Cette tentative de colonisation de l’Egypte, absurde politiquement et mal préparée militairement, va avoir un impact considérable sur la carrière de Bonaparte et sur l’état de certaines connaissances scientifiques.

L’institut du Monde Arabe à Paris présente actuellement une superbe exposition (du 14 octobre 2008 au 29 mars 2009) principalement consacrée à cette expédition.

Affiche de l’exposition à l’Institut du Monde Arabe

Esthétiquement très réussie, l’exposition permet de découvrir des documents dont certains m’ont particulièrement impressionné, parmi lesquels :
– le rapport de Talleyrand, ministre des Affaires étrangères, expliquant au Directoire l’intérêt pour la jeune République française de lancer une expédition en Egypte,
– la lettre que Bonaparte a écrit au général Kleber, lui indiquant qu’il est parti regagner la France et qu’il lui laisse le commandement sur place [Kleber sera assassiné au Caire en 1800],
– le meuble de l’Assemblée Nationale créé spécialement pour accueillir la monumentale édition de la Description de l’Egypte, qui rassemble les connaissances accumulées lors de l’expédition,
– le tableau du peintre vésulien Gérôme, représentant Bonaparte face au Sphinx (on voit sur la gauche au premier plan les ombres de militaires accompagnant le général).

Bonaparte devant le Sphinx par Jean-Léon Gérôme

Edition de 1809 de la Description de l’Egypte

N’hésitez donc pas à vous rendre à l’Institut du Monde Arabe (la visite guidée par une personne en chair et en os vaut le coup) avant fin mars !
Pour ceux que ça intéresse, cliquez ici (à partir de 11’09, ça vaut vraiment le coup) pour entendre un des plus grands historiens de l’époque napoléonienne présenter l’exposition ; c’est toujours un bonheur d’entendre l’enthousiasme de Jean Tulard. 

Seule petite critique concernant l’exposition : j’ai été surpris que ne soit pas évoqué le tragique massacre de Jaffa (Syrie) ordonné par Bonaparte (une de ses plus mauvaises décisions ?)

L’extrait ci-dessous, tiré du film « Napoléon » de Simoneau, donne une idée de ce qu’a pu être la vie des militaires français en Egypte il y a plus de 200 ans.

 

20 octobre 2008

Munich 1938

Filed under: Divers — Camille Desmoulins @ 10:24

La conférence de Munich de septembre 1938 présente un double intérêt historique : étape très importante dans l’inéluctable marche vers la seconde guerre mondiale, elle constitue aussi une (mauvaise) référence en matière de politique internationale.

La fameuse photo avec les quatre lors de la conférence de Munich : Chamberlain, Daladier, Hitler, Mussolini

Régulièrement, des pays envahissent ou interviennent militairement dans des pays frontaliers indépendants : l’Irak au Koweit en août 1990 ou la Russie en Géorgie en août 2008. Chaque fois, la réaction à apporter par la France est un véritable casse-tête pour le ministère des affaires étrangères, puisque les enjeux sont considérables et peuvent mener à un conflit armé. Les récentes déclarations incohérentes de la présidence de la République et du quai d’Orsay sur le conflit russo-géorgien en sont l’illustration.

On serait tenter d’adopter une règle simple (simpliste ?) selon laquelle la violation de frontières internationales d’un pays voisin, ou lié historiquement ou économiquement à la France ne devrait pas être acceptée. Le cas géorgien avec le rôle ambigu des Etats-Unis qui auraient poussé le président géorgien à la faute démontre cependant que tout n’est pas aussi simple… 

caricature montrant la France et l’Angleterre offrant la Tchécoslovaquie à l’Allemagne nazie

En septembre 1938, Hitler annonce clairement qu’il souhaite annexer une partie de la Tchécoslovaquie : la zone des Sudètes, où vivent une majorité de germanophones. Mussolini est à l’initiative d’une conférence le 29 septembre 1938 à Munich, où le sort de la Tchécoslovaquie est réglé entre les dirigeants de l’Allemagne (Hitler), l’Italie (Mussolini), l’Angleterre (Chamberlain, premier Ministre) et la France (Daladier, président du Conseil [=premier ministre]), mais en l’absence du Président tchèque Benes.

Poussés par l’opinion pacifiste de leurs pays, Chamberlain et Daladier finissent par concéder un compromis et abandonnent les Sudètes aux nazis. En septembre et novembre 1938, la Pologne et la Hongrie profite de l’affaiblissement de leur voisin tchèque pour s’attribuer plusieurs zones du pays.
Plus tard, Churchill écrira à propos de Munich : « Ils ont accepté le déshonneur pour avoir la paix. Ils auront le déshonneur et la guerre ».

Mussolini, Hitler et Göring devant la carte de la Tchécoslovaquie pendant la conférence de Munich

Finalement l’entière Tchécoslovaquie tombe dans l’escarcelle allemande en mars 1939 avec l’annexion de toute la partie ouest par l’Allemagne et la cessession de la partie est, la Slovaquie, qui devient un Etat satellite de l’Allemagne.

Carte du démentèlement de la Tchécoslovaquie, produite par l’exellent site www.atlas-historique.net

Je vous recommande la lecture du fantôme de Munich de G-M Benamou. Ce roman permet d’imaginer comment s’est déroulé ce sommet international si important, et comment s’est dessinée la défaite des démocraties. 

D’après l’AFP, le réalisateur américain d’origine tchèque Milos Forman (Vol au-dessus d’un nid de coucou) travaillerait à l’adaptation au cinéma du roman, épaulé pour le scénario par Vaclav Havel, dramaturge mais surtout connu pour avoir été chef de l’Etat tchèque de 1989 à 2003.

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